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FD décore le restaurant de Philippe Faure-brac

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Philippe Faure-brac le meilleur sommelier au monde a fait appel aux services de Franck Dupuy pour son restaurant « le Bistrot du Sommelier« . De la décoration au concept, vous allez découvrir un lieu original et distingué. Le vin change de goût en fonction de la couleur de l’éclairage.

« J’ai passé des moments hors du temps, entre passions et découvertes nous avons réussi en quatre semaines à projeter nos idées. Je remercie Philippe-Faure-brac et l’ensemble de ses équipes ».

 

Chez le Père noël

L’un des personnages les plus célèbres de la planète…..

Nous l’imaginons, dès notre plus tendre enfance comme un personnage attachant, gentil, gourmand, généreux , complice, plein de surprises, cultivé, parfois acrobate, magique…..Dans tous les cas, il est, à un moment de notre vie, celui qui nous permet de voyager aux confins de notre imaginaire.

Quelque soit son âge, je me demandais quel pouvait être sa personnalité, quel comportement pouvait le caractériser. Etait-il curieux, stressé, anxieux avant les fêtes, avait-il une bonne mémoire, pouvait-il se mettre en colère, tant de questions qui aujourd’hui pourraient m’indiquer quelle décoration lui conviendrait le mieux.

Ce personnage attachant, qui a bercé notre enfance, doit tout simplement être généreux, dévoué, observateur, il veut faire plaisir, donner du bonheur et est donc à l’écoute de tous. L’écoute est une qualité qui témoigne d’une grande sagesse. N’est-elle pas une résonnance du silence, de la réflexion et de l’introspection, symboliquement représentée par le noir, qui à la vocation de tenir sa fonction, lorsqu’elle est utilisée par petites touches, dans les objets et les tissus, cadres, miroirs, lustres, coussins.

Mais comme chacun sait, ce sont les couleurs blanc et rouge qui caractérisent notre personnage tant aimé. Le blanc souligne sa pureté, une passerelle entre la sagesse et le rêve, le rouge évocateur d’un tempérament plein d’énergie, symbole de tradition, lie une certaine fraternité à l’action. Son habit, l’utilise-t-il dans son intérieur comme un élément décoratif, ou ne s’en sert-il qu’en tant qu’accessoire distinctif ? Devient-il pour lui-même un élément de décoration, une sorte d’ornement.

Le Père Noël peut trouver dans cet acte décoratif un certain réconfort. La question que l’on peut se poser est donc la suivante : « Le Père Noël serait-il soucieux ? Aurait-il besoin d’être réconforté ? » Quels peuvent être les éléments dans son salon qui vont bien pouvoir remplir cette fonction ?

Je pense que nous avons tous une image du Père Noël, qui est elle-même réconfortante, nous avons tous une vision de son intérieur. Une grande cheminée en pierre s’impose au fond de la pièce, face à la porte d’entrée.

Le positionnement de la cheminée renforce son importance : cet élément qui prédomine la pièce par sa taille et par sa fonction, évoque des symboles que nous partageons. Le front est le siège de l’intelligence, de la méditation. Face à la porte d’entrée, la cheminée trône tout comme pour renforcer sa réputation. Elle est non seulement un lien entre deux mondes mais elle légitimise des traditions par le travail de la matière, la pierre. Une matière qui rassure, que nous pouvons tous retrouver chez nous, sous la forme de sculptures, au sol ou au mur.

La cheminée joue sa fonction dans l’élévation et l’éparpillement. La fumée est-elle un lien permanent entre le réel et l’imaginaire ? Le foyer, lui, lumineux, chaud, rayonnant, est un élément indispensable pour maîtriser ce sentiment de proximité qui fait tant rêver. Le rouge est encore présent, la flamme, qui donnera tout le relief dans la pièce et permettra aux objets d’être directement liés à ce mouvement perpétuel.

Le Père Noël assis au coin du feu est donc sans cesse dans la réflexion. Pierre, bois, coton, clair obscur, on imagine même les sons et les odeurs qui porteront notre personnage au plus haut de notre estime, son caractère paisible dominant, accentué par de lourds velours bordeaux et rouges aux fenêtres, frontière entre ce monde magique et celui qui pourrait être le nôtre, blanc, moelleux, que quelques traces d’animaux sauvages signent en profondeur.

La décoration est telle qu’on l’imagine, débordante de simplicité, à l’image d’un être que l’on garde tous au plus profond de notre cœur. Il nous reste tout simplement à fermer les yeux et à l’imaginer, tel que l’on a envie de la voir.

Ainsi, dans ce décor que chacun construit, le Père Noël est sans doute chaque jour un peu plus proche de nous.

La mutation objective de la décoration

Je considère la décoration comme un art ornemental capable d’avoir une action directe ou indirecte sur notre bien-être et les comportements qui y sont associés. De nos jours, la décoration met en forme des références « tendances » qui mutualisent des codes esthétiques pour les rendre accessibles à tous. Elle crée alors dans nos intérieurs un monde impersonnel, pour installer un climat principalement d’apparence.

La décoration se fabrique alors dans l’assistanat, la facilité et la rapidité, ne laissant ainsi aux habitants qu’un rôle d’assembleur et d’ajusteur. Elle ne doit pourtant pas être une simple apparence purement illusoire, mais, elle doit renfermer comme art une réalité individuelle réfléchie. Le plaisir esthétique est une expression ou un sentiment, cette idée confirme l’opinion courante « à chacun ses goûts ». Dans son sens ordinaire, la subjectivité désigne le caractère de ce qui est personnel. Elle définit à mon sens un état émotionnel.
La décoration est-elle subjective ? Aujourd’hui, je dirais « par toujours » malheureusement.

Le fait de rendre la décoration impersonnelle par l’abondance d’informations ou le visuel reste prépondérant au message, fait que l’émotion créée par l’impact profond de l’esthétisme est remplacé par une émotion purement superficielle et calculée. Nous perdons le sens du ressenti. Ce ressenti est remplacé par un sentiment de jugement purement pragmatique et des attitudes qui font appel à notre esprit critique et analytique et non subjectif
La décoration perd alors tout son sens profond, ce que l’on peut considérer comme beau n’est alors plus que subjectif.

Nos traditions, notre culture, notre religion, notre histoire, nos souvenirs … sont des ingrédients qui participent à la confection de notre tissu environnemental privé. La difficulté consiste à trouver un équilibre à vivre seul ou à partager avec ses proches.

Il est important de trouver ses propres repères dans un travail d’introspection, une clé pour accéder à notre subconscient. Une source d’informations à exploiter ensuite par notre conscience pour imaginer un intérieur idéal.

Prenons l’exemple suivant : il est important de me retirer seul dans une pièce feutrée pour évacuer mon stress de la journée. Une résonance douce est un déclencheur pour m’aider à accéder à un état de tranquillité. J’ai découvert qu’il est directement lié à celui que l’on entend pendant un recueillement dans un lieu religieux. Sa résonance bien spécifique symbolise pour moi une écoute de soi dans un espace restreint, confiné et hors du temps.

Le choix des éléments et des matériaux tels que les tapis, les parements ou bien encore une bibliothèque bien remplie ont une incidence sur mon état et mon bien être du moment, car ils ont un impact dans l’absorption des sons.

Mes études se sont orientées depuis 1993 vers une utilisation des volumes et de la couleur. Ces deux éléments de base m’ont permis de mettre en scène des intérieurs en matérialisant le paysage des références du subconscient au travers d’une décoration symbolique.

La surface et les volumes des objets qui constituent la décoration sont le résultat d’une construction visuelle précédée par une connaissance tactile (proximité physique aux objets)

Les volumes et la couleur se mettent en scène par des impressions murales colorées, d’intensités diverses, qui sont reliées ou non entre elles, en fonction de l’angle de vue et de la géométrie de la pièce. C’est seulement en multipliant les déplacements, en provoquant le mouvement que j’élabore la continuité de l’espace et forme dans un même temps l’unité des objets. L’espace tactile est la distance qui nous sépare de l’objet de décoration, alors que l’espace visuel est la distance qui sépare les objets entre eux, d’où l’importance de créer des volumes muraux et aux plafonds pour avoir une vision naturelle de l’architecture environnante. Ce jeu me permet alors de donner un sens aux autres éléments décoratifs tout en mixant la culture orientale à la nôtre et de trouver un équilibre émotionnel individuel.

Observation, la mutation de notre environnement

J’ai observé depuis dix ans que notre société « zapping » et l’appel à la surconsommation ont eu un rôle prépondérant dans nos comportements liés à la construction de nos intérieurs. Si nous considérions avant les années 80 notre habitat comme un élément faisant partie d’un environnement en mouvement, la cité urbaine, il se suffit aujourd’hui à lui même, le point qu’il était s’est muté en un cercle, un microcosme individuel.

L’accumulation de ces microcosmes individuels (nos habitats) forme dans nos cités urbaines une ruche de bulles. Collées les unes aux autres, elles créent des frontières, prêtes à éclater. L’esthétisme artistique créé par l’esprit étant plus élevé que celui de la nature, notre société nous rappelle l’importance de la maîtrise de notre lieu d’habitation, donnant ainsi à chaque individu des notions d’embellissement. Mais nos origines et notre mémoire nous ramènent fondamentalement à l’essentiel, la nature.

Notre lieu d’habitation se prolonge ainsi à l’extérieur. Le discours reste alors le même, le jardin, le balcon, la terrasse ont les mêmes codes conceptuels, repoussant ainsi les limites à la frontière du cercle. Est ce un avertissement d’une société en mutation, prête à accepter un retour aux traditions ?

Nous pouvons savoir si notre intérieur nous convient mais sans aucune notion de temps. C’est certainement la faiblesse la plus importante dans la relation avec notre intérieur. Elle est à l’image de l’information et des tendances.

La tendance « déco » n’est-elle pas galvaudée, elle même n’ayant évidemment pas les solutions et n’étant que le reflet des enjeux économiques et des stratégies liées au marketing. La décoration ne doit pas subir son environnement mais respecter une règle des plus élémentaires, être à l’image de ceux qui la pensent et qui la vivent et nous apporter réellement du bien être, la décoration devient sociétale.

Aujourd’hui je pense qu’il est important de se prémunir de tout abus purement lucratif de la mutation de la décoration.